"Après quelques concerts qui ont littéralement retourné tout le monde l'année dernière (notamment l'auteur de cet article), les dordognais Rien Virgule viennent de sortir un album à la croisée des undergrounds avant-rock, contemporains, improvisés, bruitistes et avant-garde. Et surtout, ils repartent en tournée : ne les loupez pas si ils passent près de chez vous, ceci est un vrai conseil d'ami.

Co-édité par une poignée de labels DIY qui empêchent la musique de s'endormir mollement dans ses pantoufles, ce Trente Jours A Grande Echelle est peut-être l'un des disques les plus organiques qu'on ait écouté depuis longtemps, et le fait de les avoir vus en concert n'a pas été étranger (une fois n'est pas coutume) à ce réel plaisir d'écoute.

Rarement, en effet, nous aura-t-il été donné à voir et à entendre des musiciens jouer autant avec les entremêlements de textures : on a du, par exemple, se concentrer à plusieurs reprises sur leurs gestes pour isoler les sons des synthétiseurs home-made impressionnants (et magnifiques) de Jean-Marc Reilla de ceux de la batterie de Mathias Pontévia, qui, en remplaçant ses baguettes par des micros et en flirtant avec les amorces de résonances de feedback, inventait sous nos yeux ébahis un nouvel instrument. Idem pour le chant et le clavier de Anne Careil, dont la radicale singularité pourrait la rapprocher d'une Meredith Monk ou d'une Maja Ratkje et qui, avec les synthétiseurs de Manuel Duval (de France Sauvage, Pousse Mousse et Nouvelles Impressions d'Afrique) finissent de lier l'ensemble vers quelque-chose de flippant-fascinant, de férocement rock, expérimental et folklorique, mais surtout de frontalement électronique, vivant, contemporain et intimement bouleversant."

 

Fred Landier pour The Drone.

 

 

 

Trente Jours À Grande Échelle – LP

 

(Animal Biscuit, La République Des Granges, Attila Tralala, Permafrost, Les Potagers Natures, Phase !, Do It Youssef, MicrOlab 2015)

 

"Le disque de Rien Virgule tourne depuis plusieurs semaines sur la platine mais rien ne vaut un concert pour (essayer de) tout comprendre, d'assembler les différentes parties du puzzle d'une musique se jouant des convenances et des étiquettes, associer l'ouïe et la vue pour percer le mystère. Le concert, c'était deux jours plus tôt, un dimanche soir au Terminus. Un groupe en provenance de la Dordogne avec un nom bizarre qui, à part rappeler certaines dépêches cocasses de journaux locaux, ne fait qu'épaissir l'énigme. Rien Virgule, circulez.

 

D'abord une histoire d'instrumentation. Des synthés, trois en tout, du fait maison avec plein de raccordements et de liaisons inédites pour des sonorités uniques. Un batteur qui frappe avec des micros. Et le chant singulier de Anne Careil dans une langue incompréhensible qui se révèle en fait être de l'Italien. Je ne l'aurais pas deviner tout seul si je ne l'avais pas lu dans cette interview (où vous apprendrez aussi d'autres infos sur leur orchestration très personnelle).

Et puis une histoire d'ambiances. Car Rien Virgule ne se contente heureusement pas de triturer des boutons et d'improviser sans idée directrice. Le quatuor donne du corps et de l'âme au bruit. Les six longs titres de Trente Jours À Grande Échelle dépeignent des paysages désolés, transportent vers des contrées funestes à l'instar d'un Father Murphy, élargissent le champs d'horizons qui pourraient se révéler très électroniques avec tout cet attirail mais sonnent étrangement vivant et naturel, sauf sans doute sur le dernier titre Des Punks sur nos Caillebotis. Les compositions peuvent alors s'élever dans un monde parallèle, devenir poignantes (Trafic de Masques), les modulations alternent le chaud et le froid, les ambiances sombres et spacieuses s'étirent et les mélopées vocales jettent le trouble. Une transe inconsciente devenant magnétique au fil des écoutes mais encore plus évidente en concert.

 

Sur scène, tout y est plus intense, rythmique, magnifié. Notamment le batteur (Mathias Pontévia) quand il saisit des micros pour taper sur les toms basses, ça devient tribal, les cymbales volent, les frottements sont inquiétants, prenant ainsi une dimension supérieure qu'il n'a pas sur disque. Les deux types aux synthés (Manuel Duval et Jean-Marc Reilla) ne restent pas bêtement stoïques devant leurs machines. Ils oscillent intensément au gré des variations de leurs installations-synthés, hurlent parfois dans un micro, tout comme la chanteuse (elle aussi derrière des claviers) dont la radicalité et l'originalité de sa déclamation finissent par propulser Rien Virgule dans des univers aussi déroutants que captivants. Le dernier morceau du concert vire d'ailleurs carrément noise et industriel, aspect que n'a pas spécialement le disque, plus sage et moins bruitiste. Ça pourrait ressembler à un regret mais Trente Jours À Grande Échelle reste un album à vite découvrir tout en préférant pour l'instant sa représentation scénique."

 

SKX (23/02/2016), Perte et Fracas.

  

 

 

"Grande claque aussi avec Rien Virgule de Bordeaux pour une pièce unique et haut de gamme, une écriture dans le son et l’usage de l’outil, la sculpture de la vibration, la charge du bruit, une expérience inédite pour une aventure en clair obscur et sans temps mort. L’émotion omniprésente se glisse dans l’architecture du son, l’utilisation déviée des instruments pour en tirer des sensations inédites ; il est impossible de sortir intact de l’écoute de cette pièce. Nous sommes dans de la musique contemporaine et de l’humain, de la Vie…"

 

Doc Pilot.

 

 

 

"Pour mon dernier article de 2015, j'aurais pu finir dans une ambiance festive de fin d'année, mais j'ai préféré une ambiance glauque de fin du monde avec le premier album de Rien Virgule, "trente jours à grande échelle".

Ce disque est l'album le plus déglingué et le plus addictif de cette fin d'année. Pour sortir ce nouveau projet de Manuel Duval (Pousse Mousse, France Sauvage, Nouvelles Impressions d'Afrique...), la crème des labels underground se sont associés (Potagers Natures, Attilla Tralala, MicrOlab, Phase!, Permafrost, Animal Biscuit et Do It Yourself).

Difficile de décrire ce disque qui oscille entre bruitisme, claviers apocalyptiques et oppressant et voix féminines possédées. Radicale, avant gardiste et viscérale, la musique de Rien Virgule vous emmènera dans l'inconnu sonore. Sûr qu'un tel disque laissera beaucoup de gens de marbre, mais pour ceux qui en saisiront les mystères, "trente jours à grande échelle", sera pour vous une expérience unique qui vous ne laissera pas indemne."

 

Alternative radio.

 

 

Dans le cadre du Sonic Protest – festival parisien de fabuleux défricheurs, courant les deux premières semaines d’avril –Hartzine s’est porté volontaire pour anoblir une poignée de groupes du festival, et pas forcément les plus médiatisés.

Initialement, chaque texte devait mettre en avant un morceau de chaque groupe, et évidemment, comme toute saine entreprise, ça déraille dès la première tentative : on a beau avoir essayé, il est virtuellement impossible de détricoter Trente Jours à Grande Échelle, le premier album des Bordelais de Rien Virgule – dont on a déjà pu croiser certains membres à travers France Sauvage, Nouvelles Impressions d’Afriques ou même le Cercle des Mallissimalistes. Impossible de ne pas présenter l’album autrement que comme un ensemble de lourdes sentences s’arrimant à merveille sur une âme innocente.

Trente Jours à Grande Échelle est un album diablement déstabilisant. Rarement l’impression de parcourir une route n’a été aussi forte : un sombre sentier aux allures menaçantes, une atmosphère grondante recouvrant un indescriptible amas de sons menant sans ménagement aux plus ténébreux souterrains de la damnation. Ce tourbillon de sonorités fameusement ombragées laisse pourtant indiquer une direction. C’est-à-dire que la musique de Rien Virgule se met en mouvement vers quelque chose, un point de haute voltige, un mont à gravir, seulement, le quatuor bordelais ne cesse d’user d’arides mises en forme pour y arriver, mais – et c’est là que réside toute la force du groupe – avec un équilibre toujours suffisamment bien pesé pour ne jamais s’abîmer dans l’obscure caverne de l’abstraction.

Un cadre enrobe cette musique, une logique la fait avancer vers un objectif fixe, une sourde tension l’habite, quelque chose de mystique, d’imprévu, de fatal et décisif. Tout est réglé au millimètre et semble s’orchestrer au service de ces paroles italiennes, avec quelle souveraineté le chant d’Anne Careil vient escalader les tailles escarpées libérées par les synthétiseurs de Duval et Reilla, solennellement soulevés par la batterie de Matthias Pontévia. Anne Careil a cette façon divine d’asséner d’une auguste attitude une suite d’inévitables vérités, cette voix qui s’impose à la fois contre cette masse grouillante et vivante de notes, de souffles et de raclements, mais qui l’accompagne également, en la dirigeant impérieusement vers un ultime lieu de culte.

Tout concourt à transmettre cette façon de transe, à s’élever au plus intense des rituels, à définitivement s’acoquiner à l’occulte : Rien Virgule possède cette science secrète de l’infini, cette impénétrable détermination qui laisse le regard tout avaler à travers des cercles de feu. Le groupe, avant la sortie de ce disque, n’a cessé de retourner les têtes lors de ses prestations live, et c’est véritablement là qu’il faut les capter. En tournée le mois prochain, les Bordelais s’arrêteront à Paris le samedi 2 avril à l’Archipel avec N.M.O (comprenant notamment Morten Olsen, des bons malades de MoHa !), dans le cadre du festival Sonic Protest, pour défendre cet impressionnant premier album. Nous y serons !

 

Sebastien Falafel pour Hartzine

 

 

 

C’est ensuite au tour des très attendus Rien Virgule de venir jouer. Le Terminus se pare alors d’un décorum bichromatique rouge et bleu qui va apporter une superbe ambiance de Giallo parfaitement raccord avec la musique du quatuor dordognais. Jean-Marc Reilla et Manuel Duval (de France Sauvage, Pousse Mousse et Nouvelles Impressions d’Afrique) flanquent l’avant-scène derrière leurs impressionnants synthétiseurs customisés de ressorts et lames métalliques et autres boîtes de Pandore débordant de câbles électriques. Mathias Pontévia et Anne Careil sont eux tapis dans la pénombre écarlate du fond de salle. Lui est assis derrière une étonnante batterie dotée d’un énorme tom d’orchestre et de gargantuesques cymbales, elle, est installée derrière des claviers. Comme sur leur épatant album Trente Jours à grande échelle, ils ouvrent sur l’atmosphérique Igloo Dentelle.  On adorait déjà la variété et l’ampleur du disque mais en live c’est encore une tout autre histoire. Premier choc, le jeu de batterie de Mathias Pontévia s’avère aussi spectaculaire que fascinant. Extrêmement puissantes, ces rythmiques savent aussi se faire retorses et subtilement dissonantes. Il abandonne même parfois ces mailloches pour frapper les peaux ou les cymbales avec un micro, en captant à la suite des chocs d’étonnantes vibrations fantomatiques. Ces compagnons de scène ne vont pas se montrer en reste en matière d’intensité. Jean-Marc Reilla et Manuel Duval rivalisent de diaboliques boucles de synthés et multiplient les sonorités les plus envoutantes avec une fièvre communicative tout en tanguant comme sous l’orage derrière leurs machines. La perle noire de la bande est pourtant la voix profonde et évocatrice d’Anne Careil dont les incantations possédées dans la langue de Dario Argento achèvent de rendre le tout absolument tripant. Après un second morceau tout en ambiances électriques et sépulcrales, les choses vont s’emballer sur un Trafic de Masques tribal et incantatoire qui enflamme un Terminus plein comme un œuf. A partir de là, la bande ne va cesser de monter en puissance vers d’infernaux délices. Le monstrueux et cosmique  Stella Cannibale est suivi de L’épouse des Congères, dont les notes orientales déglinguées et le chant vacillant transforment le bar en un vertigineux asile d’aliénés pékinois. Comme le disque, le concert s’achève sur l’hypnotique et abrasif Des Punks sur nos Caillebotis. La ritournelle de flûte du morceau transpercée de réjouissantes explosions de larsens accompagne une montée vers des rythmiques de plus en plus indus et bruitistes qui nous laissent pantois et ravis.

Le quatuor a donc réussi l’exploit de  magnifier en live les subtilités et la puissance de leur disque. Bravo à eux et rendez-vous au prochain Tapette Fest pour ceux qui ont loupé cette immanquable expérience.

 

Mr. B / Alter1fo

 

 

Étonnant. J'aurais pas misé un kopeck sur le fait que les gaziers étaient français (et encore moins bordelais sans vouloir être médisant). Rien Virgule, c'est un peu comme parcourir un cinéma bis désenchanté sur fond d'incantations et de psalmodies italiennes. Trente jours à grande échelle est au carrefour entre la musique purement synthétique, la musique profondément rituelle, l'ambiant et l'apo folk. En gros, de la musique sacrément visuelle.

Premier contact angoissant, les claviers et les samples du quatuor jouent avec les climax.  L'Epouse des congères entame la ballade funeste par des cliquetis de machines pour virer sur une langoureuse valse organique et moribonde pendant que la voix agonise en récitant ses mantras. Le morceau continue sur une douce mélopée en aggravant le côté mortuaire.

Les titres sont absurdes, les arrangements sont glaçants, Rien Virgule pose une ambiance de fin du monde pendant la grosse demi-heure qui compose le disque. La machine se met en branle pour ne jamais s’arrêter avant la fin. Le choix des sonorités claviers rappelle tout un pan du cinéma italien. Musique synthétique et orchestrations déjantées font bon ménage, le tout saupoudré de cette voix nous arrachant à notre léthargie dès le début.

Énorme travail sur les ambiances et sur les sonorités. Un disque tranchant, mais aussi tranché sur les cassures au sein même des morceaux. On est parfois soufflé par l'évolution de certaines nappes (le final exutoire d'Igloo dentelle, qui enchaîne sur le presque Dead Can Dance Trafic de masques).

Rien Virgule livre donc ici un disque passionnant, à la fois BO d'un mondo imaginé saupoudré d'un aspect synthétique rappelant clairement les débuts du label 4AD, avec un hommage à la musique apo des années 90.

Un disque qui a vu le jour je l’imagine difficilement, vu le nombre de structures qui semblent avoir collaboré pour sa sortie (La République Des Granges, Les Potagers Natures, Permafrost, micr0lab, Animal Biscuit , Do It Youssef !, Attila Tralala, Phase! Records ).

Disque de la chair, mais aussi du sang, à savourer en dansant autour du feu un verre de sang de vierge à la main.

 

Bertrand pour Superflux Webzine

 

 

Un ressenti à propos de « Trente Jours à Grande Échelle » (RIEN VIRGULE, LP, 2015)
Ce n’est pas une critique, c’est un ressenti. Ne sachant trop par quel bout prendre ce disque, j’ai laissé divaguer mes doigts sur un clavier qui ne demandait qu’à être l’intermédiaire entre mes enceintes et les Internets mondiaux dont je suis un infinitésimal contributeur. Bref, ne vous attendez pas ici à du renseignement précis, ou de la prose inspirée selon les canons de la critique musicale, ça va partir un peu dans tous les sens (non, pas dans ce sens là …).
Soit. On connaissait Rien, de Grenoble, disloqués il y a deux ans. Il va désormais falloir s’acoquiner avec Rien Virgule. Sorti grâce à une collaboration entre pas moins de six (!) labels indépendants (parmi lesquels, coucou local, les Bordelais de Permafrost), leur premier LP Trente Jours à Grande Échelle est une gemme fascinante. Du genre brillant, et un peu inquiétant ; on redoute la malédiction, comme d’une relique revenue des limbes.
C’est un pur produit de l’underground. « L’underground de l’underground », a même renchéri Fred Landier (alias Rubin Steiner pour ses œuvres musicales) dans son papier sur The Drone. Et à vrai dire, tant mieux ; je me demande comment les manutentionnaires de la Fnac aurait rangé cet album-là dans leurs rayonnages. Car cet album-ci a quelque chose d’inclassable. J’ai caressé l’envie de développer leur rattachement (avec Heimat, Jacques, Moodoïd, Le Cercle des Mallissimalistes, et quelques autres) à une famille spirituelle hexagonale que j’aurais désignée comme celle des « Nouveaux Étranges »[1]. J’y ai assez vite renoncé, par flemme, par difficulté à trouver l’angle adéquat et par crainte d’écrire des conneries encore plus énormes que l’ego de Maître Gim’s. Je continue quand même à trouver la prémisse intéressante : Rien Virgule sont vraiment des « Nouveaux Étranges ».

Et leur étrangeté, inquiétante, invocatrice, insaisissable, donne envie de partir derechef pour l’Italie. Pas pour profiter de l’ensoleillement des plages adriatiques où s’ébattent les lolitas ; mais pour se soumettre, dans l’obscurité aux reflets rougeoyants, aux rites ésotériques de magiciennes aux seins nus dont les lèvres peintes délivrent des baisers empoisonnés. Une Italie mystérieuse, belle, crasse, trouble, occulte.
Peut-être en fais-je trop sur la sensualité menaçante de ses psalmodies italophones, pareilles aux moments choisis d’un giallo savoureux, mais nous sommes face à un album véritablement fantastique ; à la fois un disque racé, agréable, et créateur d’images, de sensations. Voilà six vignettes de cercles dantesques, à prix très modique. Je vous parie que le disque s’arrachera à prix d’or d’ici une petite vingtaine d’années, lorsqu’on s’apercevra que, bien plus que la passagère sensation du mois, il s’agit d’une des tentatives les plus fascinantes de l’underground d’ici. Du culte à venir.
Pour ceux qui ne pourront se procurer l’objet, voilà son Bandcamp ; une fenêtre ouverte sur un autre monde. Voilà. Fin du blabla foutraque, et bonne écoute à tous !


Du Bruit Qui Pense